mardi 20 mai 2014

« Nous avons gagné la Crimée mais perdu l’Ukraine », d’après une traduction de Anne-Elisabeth Duranel

Milice ultra-nationaliste Pravy Sektor
L’escalade de violence qui a lieu en Ukraine révèle une rupture du lien qu’entretenait l’Ukraine avec la Russie. D’après Konstantion Sivkov, président de l’académie des problèmes géopolitiques et docteur en sciences militaires, cette rupture est due notamment à la désorganisation avec laquelle cette dernière a agi. Il développe ainsi, dans son article « Крым выиграли, Украину проиграли » (« Nous avons gagné la Crimée mais perdu l’Ukraine ») paru dans la revue Военно-промышленный курьер (Le courrier militaro-industriel), les raisons pour lesquelles la crise ukrainienne a pris une telle ampleur et les solutions qui s’imposent à la Russie pour retrouver l’influence perdue sur ce pays. Devant la possibilité de voir des troupes de l’OTAN déployés autour des villes de Kharkov et Louhansk à l’est du pays, il met ainsi en garde la Russie et donne les moyens, qu’il pense légitime, pour assurer la sécurité nationale.

Pour expliquer comment la Russie a perdu son influence sur l’Ukraine au détriment des instances euro-atlantiques, il précise avant toute chose que la situation en Ukraine n’est pas due à un succès de la géopolitique russe mais à une accumulation d’erreurs commises par l’Occident. En effet, la Russie n’a jamais eu une ligne de conduite précise face à l’Ukraine et a été poussée de force dans cette crise. D’après lui, la crise ukrainienne est une menace pesant sur la sécurité nationale russe tout simplement parce que le lien qui unit l’Ukraine à la Russie n’est pas seulement économique ou ethnique mais patriotique de par le passé commun ; il serait d’ailleurs fort probable qu’un tel scénario se reproduise à l’intérieur même de la Fédération suite à l’escalade de violence qui a lieu en Ukraine. Il dénonce, ainsi, l’accord d’association entre l’Ukraine et l’Union européenne qui équivaut pour la Russie à souffrir de graves pertes économiques puisque celui-ci consiste, d’après lui, à affranchir les dettes ukrainiennes contre le transfert massif de capitaux étrangers dans leur économie. Ainsi des villes comme Dniepropetrovsk verraient leur secteur industriel démembré au profit de compagnies allemandes ou même américaines ou encore Kharkov, économiquement très liée à la Russie, devrait accueillir une zone de déploiement de défense antimissile américain. De nombreuses régions ukrainiennes resteront donc sous le contrôle du gouvernement de Kiev, pour ne pas dire de l'Ouest.

A cet égard l’auteur analyse les échecs de la stratégie russe concernant l’Ukraine. La première erreur serait de ne pas avoir défini au préalable une stratégie claire vis-à-vis de l’Ukraine, ce qui semblerait avoir limité le contrôle russe sur l’Ukraine occidentale. En effet, la nature des actions de la Russie a été formulée par la Nomenklatura russe à l’égard de leurs homologues ukrainiens en occultant totalement la population. Le fait de parier uniquement sur l’interaction avec l’élite ukrainienne a rendu la situation plus dangereuse. Il décrit de fait le rôle qu’ont pu avoir les organisations politiques pro-russes au sein de l’Ukraine tout comme les mouvements sociaux. Ceux-ci n’ont obtenu du gouvernement russe aucune aide, même insignifiante, tandis que l’Occident et en particulier les Etats-Unis ont porté une attention toute particulière à la population à travers diverses organisations à buts non lucratifs. Les élites occidentales ont pu influencer efficacement la population ukrainienne contrairement à la Russie. L’interaction avec la population n’a pas été assurée ou en partie par des organisations démunies de tout soutien étatique. C’est ainsi que l’Occident a pu organiser des manifestations de masse contre le gouvernement en place. 

Le levier économique et diplomatique de la Russie en Ukraine est devenu de facto inefficace face à cette crise politique. L’auteur dénonce ici, une erreur de calcul de la part du gouvernement russe qui comptait sur la dépendance de l'Ukraine vis-à-vis du gaz russe, l'orientation de l'industrie ukrainienne vers le marché russe, ainsi que le contrôle des grandes entreprises russes sur les entreprises industrielles ukrainiennes pour continuer à asseoir une certaine légitimité dans le pays. De plus, les démarches économiques russes, en particulier la « guerre du gaz » ont eu un impact négatif sur la population et ont réduit le lien qu’elle avait avec la Russie. Ces négligences ont ainsi conduit à une menace, celle où la perte de l’Ukraine et son passage sous le contrôle de l’Ouest est devenue une réalité. Les mesures économiques qui sont traditionnellement utilisées par la Russie ont contribué à augmenter l'agressivité des forces anti-russes en Ukraine. En conséquence, la majeure partie du territoire de l'Ukraine (à l’exception de la Crimée) est dominée par une force organisée, le Pravyi Sektor (« secteur droit ») antirusse et d'autres organisations nationalistes connexes. A l’inverse, des organisations orientées pro russes d’une telle influence n’existent pas. L’auteur insiste sur la légitimité du président Ianoukovitch et l’illégalité du gouvernement nouvellement mis en place qui aurait étouffé des protestations dans le Sud-Est de l’Ukraine grâce à la formation de forces d’auto-défenses radicales. De fait, il déplore l’échec de Kiev à mettre rapidement en place un système efficace pour lutter contre les usurpateurs malgré le soutien accordé par la Russie qui lui aurait permis de le faire efficacement. Même le Congrès des Soviets du Sud-Est de l'Ukraine n'a pas réussi à créer un système unifié de défense de cette importante région de Russie. Des forces d'auto-défense pro-russes ont été formées pour contrer le « secteur droit » dans la partie sud-est du pays mais c’est l’absence d’organisation de ces forces et leur insuccès qui a conduit la Russie à mener une intervention directe mais forcée en Ukraine.

Concernant l’escalade de la crise, l’auteur précise que le président russe a adressé un message à l'Assemblée fédérale pour pouvoir introduire des troupes immédiatement dans les régions du sud-est pro-russes en Ukraine sous prétexte d’exercices frontaliers de la Russie. Pour pleinement légitimer ces actions, une déclaration du président Ianoukovitch ou du  Congrès des Soviets du sud-est de l'Ukraine aurait été nécessaire et c’est en effet ce qui a manqué pour « calmer le jeu » du côté de l’Occident. Grâce à cela, de nouveaux organes gouvernementaux régionaux et locaux auraient pu être rapidement formés. Les manifestants de la place Maydan auraient pu être facilement neutralisés grâce à la création d’unités locales d'autodéfense parmi les citoyens ukrainiens. L’Occident aurait dû soit retourner aux conditions de l'accord du 21 Février pour la préservation d’une Ukraine unie en poursuivant les usurpateurs avec un renforcement radical de l’influence russe ou alors consentir à la partition du pays. Cependant, le déploiement des troupes n'a pas eu lieu et les exercices ont été stoppés de façon prématurée. La Russie a tenté de déployer ses troupes mais elle ne l’a pas fait, ce qui d’après l’auteur est une erreur cruciale. En effet, d’après lui, l’Occident n’oserait pas lancer une action militaire contre une Russie prête à utiliser la force militaire pour protéger ses intérêts vitaux.

« L’illégal » gouvernement de Kiev a commencé les préparatifs juridiques pour l'intégration de l'Ukraine dans l’OTAN. En réponse, le Conseil suprême de la République autonome de Crimée, l'autorité législative tout à fait légitime en  Crimée, a adopté à la quasi unanimité, la décision de devenir un sujet de la Fédération en renouant avec la Russie. L’OTAN augmente son groupement de force aérienne dans la zone adjacente à l’Ukraine, près des frontières russes. Des groupes d’avions de chasse américains sont arrivés dans les aérodromes baltes, ont augmenté en Allemagne et en Pologne. De plus une quantité de navires de guerre américains sont postés en mer Noire, dont au moins deux porte-avions et il est fort probable que deux ou trois porte-avions supplémentaires de la flotte américaine se déplacent vers cette zone de conflit potentiel. Le Ministère de la Défense ukrainien a annoncé le début d’exercices près de la Crimée et les régions du Sud-Est de l'Ukraine ce qui indique clairement une préparation pour une action militaire. Les Etats-Unis considèrent l’Ukraine comme un prix de choix et ne peuvent l’abandonner car elle représente la clé de la Russie du point de vue militaire et stratégique et d’un point de vue socio- économique. Par conséquent, la lutte pour l'Ukraine continue. L’Ouest a besoin de temps pour se préparer à une nouvelle attaque, plus décisive. Ils essayeront probablement, de répéter en Ukraine, le scénario libyen ou syrien. Le Soft power ne sera pas suffisant pour une situation comme celle-ci. Étant donné le temps nécessaire pour créer des groupements de troupes de l'OTAN raisonnables pour envahir l'Ukraine, il faut s’attendre à une deuxième opération après les élections du 25 mai, quand l'autorité sera formée avec au moins un semblant de légitimité. Pendant ce temps, sous les ordres des autorités nouvellement élues à Kiev, des forces de sécurité vont ainsi tenter de restaurer l'intégrité territoriale de l'Ukraine et lutter contre les séparatistes. Mais cette tentative sera très probablement un échec et le gouvernement de Kiev devra demander de l’aide à l’OTAN d’où l’entrée massive de troupes de l'OTAN en Ukraine. Face à cette « invasion », la Russie ne pourra pas les contrecarrer. Ainsi, l’Ukraine sera perdue à jamais, la Russie n’a pas envoyé ses troupes sur l'ensemble du territoire de la partie sud-est de l'Ukraine au début de cette crise, ne peut aujourd’hui mener une telle action et ne sera pas  en mesure de le faire à l’avenir.

Pour finir, Konstantin Sivkov met en avant les moyens dont dispose la Russie pour sortir de cette situation. Il s’agit tout d’abord de renforcer les mesures diplomatiques, politiques, économiques et d'information afin de protéger ses intérêts et la population ukrainienne lui étant encore favorable, se concentrer sur les forces capables de défendre l'indépendance des régions pro-russes du Sud-Est de l'Ukraine. Cela permettrait ainsi d’apporter une aide à l’organisation de forces d'auto-défense totalisant pas moins de 100 000 personnes. De même, il est nécessaire de fournir une aide matérielle aux diverses organisations pour ainsi montrer que l’Etat encourage ses actions et reste présent. Ces organisations seraient aidées par les bénévoles les plus qualifiés : anciens membres du personnel de renseignement, membres des forces spéciales du ministère de l'Intérieur, du FSB et des Forces armées. Si deux ou trois mille de ces bénévoles se rendent en Ukraine, il est possible qu’avec l’aide des forces locales, ils puissent dans un court laps de temps former les forces d’auto-défenses nécessaires. De telles unités peuvent défendre l'indépendance de la région dans le cas ou le gouvernement de Kiev tente d'établir un contrôle sur celle-ci. Et si l’OTAN commence son intervention, elles seront à même de maintenir les forces terrestres de l'agresseur pour deux ou trois jours, ce qui est suffisant pour l'introduction rapide des troupes russes et pour couvrir tout ou partie du Sud-Est de l'Ukraine. La ligne de contact des troupes russes et des troupes de l'OTAN représentera la frontière séparant les deux nouveaux Etats ukrainien. Toutefois l’intervention de l’OTAN et la réunification de la Crimée à la Russie ont exacerbé la situation ce qui pousse à croire que le scénario militaire pourrait être mis en œuvre bien avant le 25 mai.

Konstantin Sivkov, « « Крым выиграли, Украину проиграли » (« Nous avons gagné la Crimée mais perdu l’Ukraine »), in  Военно-промышленный курьер (Le courrier militaro-industriel), 26 mars 2014, traduction d’Anne-Elisabeth Duranel (INALCO Master Hautes Etudes internationales/stagiaire au Bureau recherche du CDEF/DREX) 

lundi 19 mai 2014

Lettre du retex-Recherche n°16-Dix ans d'expérience des brigades numérisées Stryker

La première brigade numérisée Stryker a été engagée pour la première fois au combat par l’US Army en janvier 2004. Dix ans plus tard, l’expérience de ce qui peut le mieux préfigurer l’action des futures unités françaises Scorpion est clairement un succès.

A télécharger ici


mercredi 14 mai 2014

La Russie, prête pour la guerre ?, par Arnaud Labat


La Russie est-elle prête à mener une guerre contre l’Ukraine ? Le scénario géorgien de l’été 2008 peut-il être réitéré au sud-est du pays ? Le 24 avril, après que Kiev a lancé un assaut contre la ville de Sloviansk, bastion des séparatistes prorusses, l’envoi d’unités de bataillons tactiques à l’est de l’Ukraine semble créditer la thèse selon laquelle la Russie serait prête pour la guerre, sans pour autant la désirer…

C’est dans ce contexte que le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou, l’un des successeurs possibles de Vladimir Poutine selon le colonel Michel Goya, semble s’imposer comme une figure majeure de la scène politique russe. Pour preuve, selon le Centre russe de l’opinion publique (VTsIOM), l’efficacité du général Choïgou a été évaluée à 4,42 sur 5 points. Ce croisement d’articles traduits de la presse russe nous permet de passer en revue les rhétoriques russes justifiant les activités militaires de ces dernières semaines. En annonçant le retrait de ses troupes de la frontière russo-ukrainienne, la Russie avait envoyé un signal d’apaisement. Toutefois, après les exercices militaires début mai, le ministre de la Défense a averti que les capacités nucléaires de la Russie étaient en état d’« alerte constante ».

Exercices militaires russes au sud-est de l’Ukraine

Jeudi 24 avril, le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, annonçait l’envoi d’unités de bataillons à l’Est de l’Ukraine. Ce dernier a expressément attiré l’attention sur le fait que les exercices militaires avaient été lancés en réponse à l’aggravation de la situation au sud-est de l’Ukraine. En effet, le régime de Kiev aurait utilisé les unités militaires régulières ainsi que la Garde nationale contre la population locale.






Exercices militaires russes aux frontières de l’Ukraine.

Crédits photo : Site officiel du Ministère de la Défense de Russie (avril 2014)


« Aujourd’hui même, à la frontière de l’Ukraine, ont débuté des exercices impliquant des unités de bataillons tactiques des districts militaires du Sud et de l’Ouest russes. Les troupes travaillent à perfectionner la conduite de leurs approches et de leurs déploiements pour répondre aux ordres », a déclaré le ministre de la Défense russe. Il a ensuite ajouté : « Par ailleurs, l’aviation effectue des vols près de la frontière avec l’Ukraine ».

Sergueï Choïgou a fait part de son inquiétude quant à la situation. Selon lui, le rapport de forces est clairement déséquilibré ; les forces ukrainiennes ont avalisé l’emploi des armes contre les civils non-armés au sud-est de l’Ukraine.

« Si cette machine de guerre ne cesse pas dès aujourd’hui, cela mènera à un grand nombre de morts et de blessés. L’annonce des exercices militaires de l’OTAN sur le territoire de la Pologne et des pays baltes ne favorise en rien la normalisation de la situation autour de l’Ukraine. Nous sommes contraints de réagir face à un tel développement. »

Forces ukrainiennes en présence

·         Plus de 11 000 hommes munis d’armes automatiques ;
·         Environ 160 chars ;
·         Plus de 230 véhicules blindés de combat d’infanterie ;
·         Au moins 150 canons et mortiers ;
·         Un grand nombre d’avions.
« Des unités de la Garde nationale ukrainienne sont lancées contre les civils non-armés, de même que des bataillons du mouvement d’extrême-droite Pravy Sektor », a constaté le ministre russe de la Défense. « La formation du bataillon « Donbass » a été annoncée pour faire pression sur la population pacifique. »

« Sur la frontière avec la Russie, des manœuvres militaires des brigades motorisées destinées à faire diversion sont en cours. » Dans le même temps, le ministre a déclaré : « au sein des forces d’auto-défense du sud-est de l’Ukraine, on dénombre pas moins de 2000 personnes, environ 100 véhicules avec des armes automatiques, saisies pour la plupart dans les commissariats et les services de sécurité ukrainiens, ainsi que des dizaines de fusils de chasse. »

Sergueï Choïgou considère comme « sans précédent » la forte activité des forces américaines et otaniennes

Le 28 avril, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue américain, Chuck Hagel, le ministre russe de la Défense a discuté de la situation en Ukraine. La présence militaire des États-Unis à proximité des frontières russes a été évoquée, de même que les activités militaires de l’OTAN en Europe de l’Est. Les deux hommes ont aussi échangé leurs vues quant à une possible détente dans la région.

Le général d’armée, Sergueï Choïgou, est revenu sur les récents incidents aériens, en particulier le survol de l’USS Donald Cook par un Sukhoï Su-24 russe dans la mer Noire le 12 avril dernier. De même, le 22 avril dernier, un Sukhoï Su-27 est passé à proximité d’un Boeing RC-135 américain en mer d’Okhotsk.

Face aux allégations d’« exercices de déstabilisation » et d’un prétendu « accroissement massif » et continu des forces armées russes à la frontière avec l’Ukraine, le ministre russe de la Défense a réfuté de telles affirmations, sans fondement selon lui. La perspective d’utilisation de la force contre la population pacifique nécessitait de la Russie qu’elle engage des exercices militaires dans les zones frontalières avec l’Ukraine. De plus, cette décision avait été rendue publique. Toutefois, dès lors que les autorités ukrainiennes avaient promis de ne pas utiliser leurs forces régulières contre la population civile non armée, les troupes russes impliquées ont regagné leurs bases permanentes.

Si le ministre de la Défense russe a pointé du doigt les provocations du Secrétaire général de l’OTAN, ainsi que l’hystérie antirusse qui sévit dans la presse occidentale, son homologue américain a pour sa part affirmé que les actions de l’OTAN n’étaient en aucun cas « provocantes ou expansionnistes ».

Sergueï Choïgou s’est dit prêt à poursuivre le dialogue avec toutes les parties intéressées en vue d’une désescalade des tensions. Il s’est exprimé en faveur d’un dialogue constructif et la recherche de compromis sur la base des accords de Genève du 17 avril dernier. » Mais si le 28 avril, le ministre russe de la Défense annonçait le retrait de ses troupes de la frontière avec l’Ukraine, l’OTAN a toutefois affirmé ne voir aucun signe du retrait des troupes russes de la frontière avec l’Ukraine. L’Alliance avait estimé fin avril que se trouvaient jusqu’à 40.000 hommes massés à la frontière russo-ukrainienne.

La Russie préparée en cas de conflit armé international

Jeudi 8 mai, sur fond de tensions persistantes entre la Russie et l’Occident, le chef suprême des armées Vladimir Poutine a supervisé des exercices des Forces armées russes, prévus depuis le mois de novembre dernier. Les troupes des districts militaires du centre et du sud ont, entre autres, réalisé des tirs aux lance-roquettes multiples de type Ouragan et Grad sur le polygone de Tchebarkoul (région de Tcheliabinsk), tandis que sur le polygone de Kapoustine Iar (région d’Astrakhan), ce sont des tirs au lance-roquettes multiple de type Smerch qui ont été effectués.

Dans le cadre de ces tests, les sous-marins stratégiques Toula et Podolsk ont procédé à des tirs de missiles balistiques depuis les mers de Barents et d’Okhotsk. Comme l’a indiqué le ministère de la Défense, les missiles ont été tirés en plongée : « Selon les données télémétriques et les informations fournies par les postes de contrôle, les ogives des missiles ont atteint les polygones de Tchija (nord de la Russie) et de Koura (nord-est). » Le missile balistique intercontinental de type Topol ayant atteint sa cible sur le polygone de Koura (presqu’île du Kamtchatka) avait été lancé depuis la base de Plesetsk (région d’Arkhangelsk).

Les exercices comprenaient également le lancement de missiles de plus courte portée, des manœuvres destinées à détruire les forces terrestres, à contrer les attaques de missiles et les frappes aériennes d’un ennemi hypothétique, ainsi que le lancement de missiles de croisière depuis le bombardier stratégique Tupolev Tu-95.

« L’arsenal nucléaire stratégique de la Russie a démontré sa capacité à procéder au lancement de missiles balistiques intercontinentaux en un temps record. Cela témoigne de la haute préparation technique des Forces nucléaires stratégiques (de la Russie) », a rapporté le général Choïgou au président Poutine. Il a aussi annoncé la multiplication par quatre du nombre de bombes guidées d’ici à 2021.

Les manœuvres étaient également supervisées par les présidents de quatre anciennes républiques soviétiques : l’Arménie, la Biélorussie, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Aussi, Vladimir Poutine a-t-il souligné le fait que : « Nous avons pu nous assurer de la haute préparation et de la cohésion des forces stratégiques offensives et défensives du pays… En tant que garantes fiables de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Russie, nos forces armées jouent un rôle essentiel dans le maintien de la sécurité mondiale et régionale ».


D’après une sélection d’articles.

Oleg Vladykine, « Choïgou otpravil batalony na zapad », in Nezavissimoïe voennoïe obozrenie, 25 avril 2014.

HГ-Online, « Sergueï Choïgou otsenil rost aktivnosti sil SCHA i NATO v Vostotchnoï Evrope kak bespretsedentny », in Nezavissimoïe voennoïe obozrenie, 28 avril 2014.

Oleg Vladykine, « Rossia proverila svoïou gotovnost k globalnoï voïne », in Nezavissimoïe voennoïe obozrenie, 12 mai 2014.

Traduction Arnaud LABAT (INALCO Master Hautes Etudes Internationales/stagiaire au Bureau de Recherche du CDEF/DREX.