mercredi 14 mai 2014

La Russie, prête pour la guerre ?, par Arnaud Labat


La Russie est-elle prête à mener une guerre contre l’Ukraine ? Le scénario géorgien de l’été 2008 peut-il être réitéré au sud-est du pays ? Le 24 avril, après que Kiev a lancé un assaut contre la ville de Sloviansk, bastion des séparatistes prorusses, l’envoi d’unités de bataillons tactiques à l’est de l’Ukraine semble créditer la thèse selon laquelle la Russie serait prête pour la guerre, sans pour autant la désirer…

C’est dans ce contexte que le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou, l’un des successeurs possibles de Vladimir Poutine selon le colonel Michel Goya, semble s’imposer comme une figure majeure de la scène politique russe. Pour preuve, selon le Centre russe de l’opinion publique (VTsIOM), l’efficacité du général Choïgou a été évaluée à 4,42 sur 5 points. Ce croisement d’articles traduits de la presse russe nous permet de passer en revue les rhétoriques russes justifiant les activités militaires de ces dernières semaines. En annonçant le retrait de ses troupes de la frontière russo-ukrainienne, la Russie avait envoyé un signal d’apaisement. Toutefois, après les exercices militaires début mai, le ministre de la Défense a averti que les capacités nucléaires de la Russie étaient en état d’« alerte constante ».

Exercices militaires russes au sud-est de l’Ukraine

Jeudi 24 avril, le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, annonçait l’envoi d’unités de bataillons à l’Est de l’Ukraine. Ce dernier a expressément attiré l’attention sur le fait que les exercices militaires avaient été lancés en réponse à l’aggravation de la situation au sud-est de l’Ukraine. En effet, le régime de Kiev aurait utilisé les unités militaires régulières ainsi que la Garde nationale contre la population locale.






Exercices militaires russes aux frontières de l’Ukraine.

Crédits photo : Site officiel du Ministère de la Défense de Russie (avril 2014)


« Aujourd’hui même, à la frontière de l’Ukraine, ont débuté des exercices impliquant des unités de bataillons tactiques des districts militaires du Sud et de l’Ouest russes. Les troupes travaillent à perfectionner la conduite de leurs approches et de leurs déploiements pour répondre aux ordres », a déclaré le ministre de la Défense russe. Il a ensuite ajouté : « Par ailleurs, l’aviation effectue des vols près de la frontière avec l’Ukraine ».

Sergueï Choïgou a fait part de son inquiétude quant à la situation. Selon lui, le rapport de forces est clairement déséquilibré ; les forces ukrainiennes ont avalisé l’emploi des armes contre les civils non-armés au sud-est de l’Ukraine.

« Si cette machine de guerre ne cesse pas dès aujourd’hui, cela mènera à un grand nombre de morts et de blessés. L’annonce des exercices militaires de l’OTAN sur le territoire de la Pologne et des pays baltes ne favorise en rien la normalisation de la situation autour de l’Ukraine. Nous sommes contraints de réagir face à un tel développement. »

Forces ukrainiennes en présence

·         Plus de 11 000 hommes munis d’armes automatiques ;
·         Environ 160 chars ;
·         Plus de 230 véhicules blindés de combat d’infanterie ;
·         Au moins 150 canons et mortiers ;
·         Un grand nombre d’avions.
« Des unités de la Garde nationale ukrainienne sont lancées contre les civils non-armés, de même que des bataillons du mouvement d’extrême-droite Pravy Sektor », a constaté le ministre russe de la Défense. « La formation du bataillon « Donbass » a été annoncée pour faire pression sur la population pacifique. »

« Sur la frontière avec la Russie, des manœuvres militaires des brigades motorisées destinées à faire diversion sont en cours. » Dans le même temps, le ministre a déclaré : « au sein des forces d’auto-défense du sud-est de l’Ukraine, on dénombre pas moins de 2000 personnes, environ 100 véhicules avec des armes automatiques, saisies pour la plupart dans les commissariats et les services de sécurité ukrainiens, ainsi que des dizaines de fusils de chasse. »

Sergueï Choïgou considère comme « sans précédent » la forte activité des forces américaines et otaniennes

Le 28 avril, lors d’un entretien téléphonique avec son homologue américain, Chuck Hagel, le ministre russe de la Défense a discuté de la situation en Ukraine. La présence militaire des États-Unis à proximité des frontières russes a été évoquée, de même que les activités militaires de l’OTAN en Europe de l’Est. Les deux hommes ont aussi échangé leurs vues quant à une possible détente dans la région.

Le général d’armée, Sergueï Choïgou, est revenu sur les récents incidents aériens, en particulier le survol de l’USS Donald Cook par un Sukhoï Su-24 russe dans la mer Noire le 12 avril dernier. De même, le 22 avril dernier, un Sukhoï Su-27 est passé à proximité d’un Boeing RC-135 américain en mer d’Okhotsk.

Face aux allégations d’« exercices de déstabilisation » et d’un prétendu « accroissement massif » et continu des forces armées russes à la frontière avec l’Ukraine, le ministre russe de la Défense a réfuté de telles affirmations, sans fondement selon lui. La perspective d’utilisation de la force contre la population pacifique nécessitait de la Russie qu’elle engage des exercices militaires dans les zones frontalières avec l’Ukraine. De plus, cette décision avait été rendue publique. Toutefois, dès lors que les autorités ukrainiennes avaient promis de ne pas utiliser leurs forces régulières contre la population civile non armée, les troupes russes impliquées ont regagné leurs bases permanentes.

Si le ministre de la Défense russe a pointé du doigt les provocations du Secrétaire général de l’OTAN, ainsi que l’hystérie antirusse qui sévit dans la presse occidentale, son homologue américain a pour sa part affirmé que les actions de l’OTAN n’étaient en aucun cas « provocantes ou expansionnistes ».

Sergueï Choïgou s’est dit prêt à poursuivre le dialogue avec toutes les parties intéressées en vue d’une désescalade des tensions. Il s’est exprimé en faveur d’un dialogue constructif et la recherche de compromis sur la base des accords de Genève du 17 avril dernier. » Mais si le 28 avril, le ministre russe de la Défense annonçait le retrait de ses troupes de la frontière avec l’Ukraine, l’OTAN a toutefois affirmé ne voir aucun signe du retrait des troupes russes de la frontière avec l’Ukraine. L’Alliance avait estimé fin avril que se trouvaient jusqu’à 40.000 hommes massés à la frontière russo-ukrainienne.

La Russie préparée en cas de conflit armé international

Jeudi 8 mai, sur fond de tensions persistantes entre la Russie et l’Occident, le chef suprême des armées Vladimir Poutine a supervisé des exercices des Forces armées russes, prévus depuis le mois de novembre dernier. Les troupes des districts militaires du centre et du sud ont, entre autres, réalisé des tirs aux lance-roquettes multiples de type Ouragan et Grad sur le polygone de Tchebarkoul (région de Tcheliabinsk), tandis que sur le polygone de Kapoustine Iar (région d’Astrakhan), ce sont des tirs au lance-roquettes multiple de type Smerch qui ont été effectués.

Dans le cadre de ces tests, les sous-marins stratégiques Toula et Podolsk ont procédé à des tirs de missiles balistiques depuis les mers de Barents et d’Okhotsk. Comme l’a indiqué le ministère de la Défense, les missiles ont été tirés en plongée : « Selon les données télémétriques et les informations fournies par les postes de contrôle, les ogives des missiles ont atteint les polygones de Tchija (nord de la Russie) et de Koura (nord-est). » Le missile balistique intercontinental de type Topol ayant atteint sa cible sur le polygone de Koura (presqu’île du Kamtchatka) avait été lancé depuis la base de Plesetsk (région d’Arkhangelsk).

Les exercices comprenaient également le lancement de missiles de plus courte portée, des manœuvres destinées à détruire les forces terrestres, à contrer les attaques de missiles et les frappes aériennes d’un ennemi hypothétique, ainsi que le lancement de missiles de croisière depuis le bombardier stratégique Tupolev Tu-95.

« L’arsenal nucléaire stratégique de la Russie a démontré sa capacité à procéder au lancement de missiles balistiques intercontinentaux en un temps record. Cela témoigne de la haute préparation technique des Forces nucléaires stratégiques (de la Russie) », a rapporté le général Choïgou au président Poutine. Il a aussi annoncé la multiplication par quatre du nombre de bombes guidées d’ici à 2021.

Les manœuvres étaient également supervisées par les présidents de quatre anciennes républiques soviétiques : l’Arménie, la Biélorussie, le Kirghizistan et le Tadjikistan. Aussi, Vladimir Poutine a-t-il souligné le fait que : « Nous avons pu nous assurer de la haute préparation et de la cohésion des forces stratégiques offensives et défensives du pays… En tant que garantes fiables de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Russie, nos forces armées jouent un rôle essentiel dans le maintien de la sécurité mondiale et régionale ».


D’après une sélection d’articles.

Oleg Vladykine, « Choïgou otpravil batalony na zapad », in Nezavissimoïe voennoïe obozrenie, 25 avril 2014.

HГ-Online, « Sergueï Choïgou otsenil rost aktivnosti sil SCHA i NATO v Vostotchnoï Evrope kak bespretsedentny », in Nezavissimoïe voennoïe obozrenie, 28 avril 2014.

Oleg Vladykine, « Rossia proverila svoïou gotovnost k globalnoï voïne », in Nezavissimoïe voennoïe obozrenie, 12 mai 2014.

Traduction Arnaud LABAT (INALCO Master Hautes Etudes Internationales/stagiaire au Bureau de Recherche du CDEF/DREX.

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