mardi 28 janvier 2014

La Revue militaire générale (1907-1973), par Julie d’Andurain


D’après les travaux de Martin Nielly, étudiant au bureau Recherche du CDEF/DREX


 Doctrine, étude de cas concrets, réflexions interarmes…

Née en 1907 sous le haut patronage du ministère de la Guerre, la Revue Militaire Générale se pose d’emblée comme la grande revue doctrinale française. Chargée « d’ouvrir les esprits à la réflexion et entretenir les convictions », elle se donne pour objectif de compléter les règlements militaires « par des controverses et l’étude de nombreux cas concrets : faits de guerre, thèmes sur la carte, exercices de Kriegsspiel ». À ce caractère doctrinal très affirmé où l’on perçoit bien les influences germaniques et les lointains effets de 1870, la nouvelle revue du ministère de la Guerre ajoute également une autre caractéristique, celle de vouloir assurer « la liaison des armes » comme en témoigne son sous-titre initial. Or, dès la première livraison de janvier 1907, elle fait un effort notable pour prendre en compte les réflexions conjointes de l’armée de terre et de la marine – à travers notamment l’étude de la guerre russo-japonaise – et déjà de la future armée de l’air en présentant, à défaut d’autre chose, l’ouvrage du capitaine Sazerac de Forge, La Conquête de l’Air. En 1913 délaissant quelque peu les questions aériennes, elle réaffirme par un nouveau sous-titre « Armée et Marine » sa volonté d’associer les deux grandes armes du moment. Ces années 1907-1913 marquent donc un moment important qui fait glisser une réflexion sur la liaison des armes (infanterie, cavalerie, artillerie) vers la liaison des armées (Armée de Terre – appelée encore seulement  « Armée » et Marine). Ainsi, tant par son caractère interarmes que par sa dimension doctrinale, la Revue Militaire Générale constitue donc un excellent contrepoint aux revues d’armes préalablement présentées sur ce site.

Une publication discontinue

Publiée par la maison Berger-Levrault de Nancy sous la direction de Charles Norberg, la Revue Militaire Générale ressemble naturellement dans sa facture aux autres revues d’armes : à une partie dite « didactique » au sein de laquelle se succèdent tous les mois quatre à cinq articles d’une dizaine de pages s’ajoutent des pages de « bibliographie » et de « chronique des armées étrangères ». Grâce à l’action volontariste du général Hippolyte Langlois, ancien membre du conseil supérieur de la Guerre, membre de l’Académie française, la Revue Militaire Générale s’assure un franc succès jusqu’à la Première Guerre mondiale. Elle cesse de paraître entre 1914 et 1919 et réapparaît sous la direction du général Henri de Lacroix – ancien commandant de l’Ecole de guerre, membre du conseil de Guerre – qui avait succédé au général Langlois en 1912. En 1924, au moment de la décès du général de Lacroix, faute d’un soutien au plus haut niveau de l’armée, elle disparaît de nouveau car elle fait figure de concurrente de la Revue Militaire Française - l’ancien Journal des sciences militaires - et organe de l’état-major de l’armée qui s’intéresse plus à l'évolution des puissances militaires françaises et étrangères et à l’enseignement des leçons de la Grande Guerre qu’à la doctrine. Quand la Revue Militaire Française disparaît en 1936 après avoir été accusée de proposer un champ d’étude trop restreint, la Revue Militaire Générale refait surface sous la direction du général Paul Azan, mais elle s’arrête prématurément en décembre 1938 à cause de la mobilisation puis de la déclaration de guerre. La Revue Militaire Générale est de nouveau relancée en octobre 1956 sous la direction du général Marcel Carpentier avec une orientation polyglotte et européenne très marquée puisqu’elle publie à la fois en français, en anglais et en allemand. Elle disparaît finalement en juin 1973.
En dépit de la qualité intrinsèque des articles, la discontinuité des publications montre bien la difficulté de la revue à se faire une place au sein de l’ensemble des productions militaires. À bien regarder la série des articles et les lignes éditioriales, celles-ci « collent » à la fois à la personnalité des rédacteurs en chef successifs tout en attestant des limites du projet.

Le poids des rédacteurs en chef



Bien davantage que d’autres revues militaires, la Revue Militaire Générale est marquée par la personnalité de ses rédacteurs en chef. Fondateur du périodique, le général Hippolyte Langlois (1839-1912), polytechnicien, artilleur, a été d’abord au cours de sa carrière le maître d’œuvre de la conception du canon de 75. Au-delà de ses réflexions sur l’artillerie de campagne, il  s’est surtout intéressé à la liaison de l’artillerie avec les autres armes (infanterie et cavalerie surtout) et à la façon dont on peut tirer des enseignements des guerres passées, lui-même ayant particulièrement étudié la guerre turco-russe et la guerre anglo-boer. Ces différentes dimensions de l’étude de la guerre se retrouvent donc dans la première livraison de la Revue militaire générale de 1907.
Mais alors que le général Langlois annonce vouloir mener une réflexion réunissant en une seule les problématiques de l’armée de terre et de la marine, tout indique que la Revue militaire générale n’arrive pas à dépasser le stade de la liaison entre l’infanterie, l’artillerie et la cavalerie au sein de la seule armée de terre. Le général de Lacroix (1844-1924) son successeur est un fantassin. Commandant de l’Ecole supérieure de Guerre en 1902-1903, membre du conseil supérieur de la Guerre et généralissime désigné en 1909, il ne modifie pas de façon substantielle la teneur de la revue participant ainsi pour partie à son affaiblissement.
C’est donc à Paul Azan (1874-1951) que revient la tâche de relever la Revue militaire générale quand elle renaît en 1937. Officier général, historien, figure brillante de l’Afrique du nord, il n’a pas cessé de s’intéresser aux questions coloniales et particulièrement à la « politique indigène ». Quand il prend la direction de la Revue militaire générale, c’est à « la coordination entre les trois armées de terre, de l’air et de mer » qu’il décide de s’attacher montrant par-là même qu’elle n’est pas encore réalisée. De fait, il y est poussé par la récente création de l’armée de l’air (1933) dont le général Armengaud se fait le porte-parole. Le périodique devient dès lors le lieu d’une discussion privilégiée portant sur les grands problèmes Terre-Air-Mer qui s’ouvrent davantage à la société civile, Paul Azan s’adressant autant à des militaires qu’à des fonctionnaires relevant des divers ministères, les notabilités de la diplomatie, de l’enseignement, du commerce et de l’industrie, du monde financier et agricole et des organisations coloniales. Enfin la réapparition de la Revue en 1956 sous la direction du général Marcel Carpentier (1895-1977) place la revue dans l’orbite de l’OTAN et ouvre la réflexion aux études sur la guerre atomique. En 1971 enfin, la Revue militaire générale prend un tournant plus nettement européen avec son dernier rédacteur en chef, le général Pierre Daillier (1905-1992).

Doctrine, interarmisation, OTAN et arme atomique, politique européenne et sécurité et de défense, telles ont été, en conclusion, les principales analyses développées dans l’ensemble de la Revue Militaire Générale. Outil de réflexion autant que témoin d’une histoire déjà longue, elle atteste de la profondeur historique des analyses doctrinales au sein de l’armée française.


Des étudiants du bureau Recherche du CDEF ont participé à un programme de référencement de revues militaires si bien que les 2 506 références de la Revue militaire générale sont désormais accessibles sur le site du CDEF : www.cdef.terre.defense.gouv.fr.
1 – Cliquez sur Milindex dans la partie droite du site puis  « Accéder à la base de données »
2 – Entrez les mots de passe milindex (pour user name) et recherche (pour password) et cliquez sur « login » (ne pas utiliser la touche « Entrée » du clavier)
3 – Sur la page de recherche (Reports), cliquez par exemple du Milindex-titre et commencez votre recherche par un mot clé (ex : guerre ou armée ou blessé ou troupe ou paix, etc.) avant de cliquer sur « login ». Si vous voulez chercher par le nom d’auteur, indiquez le nom de famille avant le prénom.
4 – Vous pouvez ensuite accéder à une partie des articles par le biais de la Bnf et de Gallica où, à ce jour, 20 unités de la RMG sont disponibles (1907-1924) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34429073d/date.r=.langFR

                                       

                                                                                                       Julie d'Andurain

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