samedi 14 décembre 2013

Lettre du retex-Opérations n°8 45 ans d'opérations militaires françaises en RCA

Au moment du déclenchement de l'opération Sangaris, retour sur 45 ans d'interventions militaires françaises en République centrafricaine.

Une note de Florent de saint-Victor

Vous pouvez télécharger la note : (ici)

mardi 10 décembre 2013

La Revue de cavalerie (1885-1939), par Julie d’Andurain

(d’après les travaux de Quentin Nicaise, étudiant au bureau Recherche du CDEF/DREX)

Au moment où la France sort de la période de recueillement consécutive à la défaite de Sedan, l’armée française poursuit sa volonté de panser ses blessures en donnant naissance à une nouvelle revue en avril 1885 : la Revue de cavalerie. Comme les autres, elle est publiée par la maison Berger-Levrault qui devient alors, plus que jamais, l’éditeur attitré de l’armée française ; elle est placée sous la direction de Ch. Norberg, directeur-gérant tandis que Charles Malo assure la fonction de rédacteur jusqu’en 1911, date à laquelle il cède la place au colonel Fleury. Le premier éditorial précise que « la Revue […] traitera successivement et sous toutes leurs faces les diverses questions qui intéressent l’arme, l’organisation, l’équipement, l’armement, la remonte, la tactique et l’histoire de la cavalerie, ses rapports avec les autres armes, son passé, son présent et son avenir ». Il s’agit donc bien d’une revue d’arme faite pour les officiers de cavalerie, ceux qui, selon l’argot de Saint-Cyr, se reconnaissent comme relevant de la basane.

Structure de la Revue de cavalerie

Inspirée par les autres revues d’armes (Revue du Génie, Revue d’infanterie, etc.), la structure du périodique trouve vite ses marques et reste stable jusqu’à la Première Guerre mondiale. Le volume mensuel se compose de cinq à huit articles d’une longueur variant de 15 à 30 pages ; il s’achève toujours par des « nouvelles et renseignements divers » portant sur les événements militaires jugés dignes d’intérêt et une partie nécrologique particulièrement dense, plus importante proportionnellement que dans les autres revues militaires. On trouve naturellement à chaque livraison une « partie officielle » d’une trentaine de pages avec la présentation des nouveaux décrets, les promotions, mutations et radiations ainsi que sur les tableaux d’avancement des cavaliers. Enfin la Revue de cavalerie se distingue de ses revues sœurs par la présentation régulière des concours hippiques.

Au sortir de la Grande Guerre (1921), après une suspension de publication de sept ans, la configuration de la Revue est modifiée. Elle devient un bimensuel ; le calibrage scientifique en une quinzaine de pages, régulier avant 1913, disparaît pour laisser place à des articles de taille très variables - de quelques pages à une soixantaine de pages si bien que l’on observe une légère augmentation du nombre d’articles dans la seconde période (on passe d’une moyenne de 95 articles/an à 103 articles/an) ; l’évolution la plus importante réside dans l’anonymat des articles qui est désormais levé presque systématiquement. Ces diverses transformations entraînent un affaiblissement de la qualité de la revue car l’anonymat des articles, loin d’affaiblir les périodiques militaires, les sert favorablement au contraire, les auteurs se sentant moins contraints de pratiquer l’auto-censure. Enfin, la partie nécrologique tend à disparaître tandis que celle concernant les « Notes et renseignements divers » subit des modifications importantes en devenant de plus en plus analytique.

Les thématiques

Les sujets traités portent nécessairement sur la cavalerie et abordent les différentes facettes de l’arme à commencer par le dressage des chevaux, la remonte - service chargé de fournir les chevaux-, les questions liées à l’équitation (manège, allure des chevaux), de Saumur et de tout ce qui a trait à l’élevage ou aux haras. De façon plus anecdotique, la question des uniformes, les « leçons de chic » de la basane ne sont pas oubliées, mais l’essentiel réside plutôt dans une réflexion d’ordre militaire qui a pour principal objet d’observer les méthodes de cavalerie allemande (103 articles), la cavalerie italienne (25) et plus accessoirement la cavalerie russe (16).

Sur l’ensemble de la période, on perçoit bien la réflexion introspective de l’arme sur elle-même, arme qui sert d’abord à l’exploration, la patrouille ou la couverture avant de connaître une évolution majeure au cours de la Première Guerre mondiale avec l’avènement progressif de la mécanisation. Si c’est bien la recherche de mobilité qui guide les auteurs qui pensent d’ailleurs un temps pouvoir associer les cyclistes à l’arme de la cavalerie ou si les articles portant sur l’« artillerie volante à tir rapide » (1905) annoncent déjà les évolutions vers la mécanisation de l’arme avec les auto-mitrailleuses et les chars, on perçoit très nettement la lutte interne très forte entre « les Anciens et les Modernes ». Elle se matérialise dans l’opposition deux écoles irréductibles l’une à l’autre, celle de la tradition et celle du progrès, qui sont obligées de prendre en compte le perfectionnement continu de la précision et de la puissance des armes à feu, qu’il s’agisse des fusils employés par l’infanterie, de l'usage de la carabine dont fut dotée la cavalerie ou de celui de la mitrailleuse, sans oublier la poudre sans fumée et le blindé (« Le char remplace-t-il la cavalerie ? » 1921). Toutes ces techniques imposent progressivement une série de modifications du modus operandi de la cavalerie (123 articles sur la tactique).

L’arme se mécanise discrètement durant l’entre-deux-guerres – via une rubrique intitulée « chronique automobile » à partir de 1934 - sans pour autant que la Revue se revendique comme l’arme de spécialisation des blindés, rôle qu’elle endosse aujourd’hui. C’est davantage la revue des Anciens, ceux qui veulent se rappeler les bienfaits de la cavalerie montée, « symbole de panache, de hardiesse et de loyauté dans le combat au temps de la chevalerie, symbole de décision audacieuse et d’exécution rapide dans les chevauchées des Murat et des Lasalle, symbole d’entraînement joyeux aux qualités requises sur les champs de bataille de tous les temps dans ce Ludus pro patria du général Blacque Bélair… ».

Les auteurs

La répartition des articles par auteurs fait apparaître une domination très nette des grades supérieurs : 210 articles rédigés par un général ; 176 par un colonel ; 120 par un commandant ; 228 par un capitaine et 145 par un lieutenant. Les officiers généraux et supérieurs sont donc les principaux rédacteurs, suivis de près par les capitaines. C’est une configuration relativement classique des revues d’armes, mais la proportion des généraux est tout de même ici supérieure à la moyenne. Par ailleurs, ces officiers généraux parmi lesquels on retrouve souvent les noms de Thoumas, Vanson, Audibert, Boullaire, Brécard, Donop sont généralement à la retraite (c’est le cas de Thoumas) et peu enclins à s’intéresser aux questions de modernisation de l’arme de la cavalerie. Ils traitent prioritairement les articles nécrologiques qui font dès lors figure de « marronniers » réservés aux généraux ou bien ils célèbrent les grands ancêtres napoléoniens tels Nansouty, Pajol, Exelmans ou le fameux hussard de Metz,  le général Lasalle, enfant terrible de la cavalerie légère sous l’Empire.

On comprend mieux dès lors pourquoi, dans le cadre de la querelle des Anciens et des Modernes, la Revue de la cavalerie n’a guère été favorable à une mécanisation accélérée de l’arme de la cavalerie.



 

Vous trouverez les 3250 références de la Revue de cavalerie sur la base de données MILINDEX sur le site du CDEF :  www.cdef.terre.defense.gouv.fr. dans la partie droite de la page d’accueil.
1 - Cliquez sur « Accéder à la base de données »
2 – Entrez les mots de passe milindex (pour user name) et recherche (pour password) et cliquez sur « login » (ne pas utiliser la touche « Entrée » du clavier)
3 – Sur la page de recherche (Reports), cliquez par exemple du Milindex-titre et commencez votre recherche par un mot clé (ex : guerre ou armée ou blessé ou troupe ou paix, etc.) avant de cliquer sur « login ». 
4 - Les articles sont consultables à la bibliothèque patrimoniale du CDEM (Centre de Documentation de l'École militaire) à Paris ou consultables en ligne sur le site de Gallica (Bnf) où, à ce jour, 25 unités sont disponibles (1905-1925).

vendredi 6 décembre 2013

Lettre du retex-Recheche n°7 Al Qaïda et le Jihad aujourd'hui

Plus de dix ans après le début de la "guerre contre le terrorisme", la menace incarnée par Al Qaïda a considérablement évolué. Un point de situation par Yves Trotignon.



Vous pouvez la télécharger sur le site du CDEF (ici)





lundi 2 décembre 2013

La Revue d'artillerie (1872-1939), par Julie d'Andurain

(d’après les travaux des étudiants du bureau Recherche du CDEF/DREX, Pauline Lejeune et Romain Herreros)

La Revue de la Revanche

La Revue d’artillerie trouve ses origines dans la défaite de 1870. Placée d’emblée sous l’autorité du président du Comité d’artillerie (général Forgeot), elle est créée en mai 1872 à la demande du ministre de la Guerre, le général Cissey, qui réclame un droit de regard sur les publications. S’insurgeant aussitôt contre une probable censure, le général Forgeot réclame et obtient une liberté d’action pleine et entière. Il porte ainsi sur les fonts baptismaux la première des revues d’arme de la IIIe République en s’assurant d’emblée de la qualité des articles et de la liberté du propos. Sous la direction de Charles Norbert, gérant jusqu’en 1913, la publication mensuelle est confiée à la maison d’édition Berger-Levrault qui vient tout juste de s’installer à Nancy après avoir quitté Strasbourg. En dehors de l’intermède de la Grande Guerre (1914-1920), la Revue d’artillerie est publiée sans interruption de 1872 à 1939, produisant plus de 7 000 articles scientifiques ou chroniques officielles.

Imprégnée de positivisme scientiste, la Revue d’artillerie publie principalement des articles scientifiques, des articles d’ingénieurs souvent illustrés par des schémas d’explications, de calculs, de tableaux arithmétiques ou de croquis techniques. Elle est rédigée principalement par des officiers ingénieurs issus de l’École Polytechnique ou passés par l’École du  génie de Metz ou l’École d’application d’artillerie de Fontainebleau. La plupart du temps, il s’agit de jeunes officiers (capitaine ou chef d’escadron)  mais on voit aussi passer les « grands noms » de l’histoire de l’artillerie française comme les généraux Brugère, Putz, Challéat, Estienne ou Benoit qui se sont servis du périodique de leur arme pour coucher sur le papier leurs réflexions visionnaires relatives à l’évolution de l’artillerie (aviation militaire, position défilée, concentration des feux, observations…). D’autres sont moins connus, mais prolifiques, comme le capitaine Curey qui publie pas moins de 41 articles entre 1898 et 1908. Après la Première Guerre mondiale toutefois, la surreprésentation des grades subalternes cède le pas pour laisser place à l’écriture d’officiers supérieurs voire généraux qui utilisent la Revue d’artillerie comme un support au  « retour d’expérience ». 


 Même s’ils ne sont pas explicitement définis, les objectifs de la Revue d’artillerie recouvrent plusieurs besoins. Il s’agit d’abord de renseigner les officiers sur les avancées scientifique et doctrinale relatives à leur arme. Ainsi, chaque modification de revolvers, constitutions d’affût, expériences sur des poudres explosives, essais d’obus ou exercices de manœuvre d’artillerie trouve à être exposée, même brièvement.  S’ajoute comme dans toutes les revues d’armes, une rubrique « officielle » permettant à chacun des officiers de se tenir informé des décisions institutionnelles, de l’avancement ou des mutations au sein de l’arme. Enfin des notices bibliographiques viennent clore l’instruction du lecteur qui peut ainsi approfondir ses connaissances. Au-delà du caractère « informatif », la Revue d’artillerie cherche aussi à faire évoluer le débat relatif à l’emploi de l’arme au sien de l'armée en constituant une tribune où les officiers peuvent exposer leurs avis personnels sur telle ou telle question doctrinale. C’est ainsi que des débats relatifs à l’usage de l’artillerie défilée ou au simple rôle de « soutien » ou « d’appui » de l’infanterie se constituent par articles interposés laissant, de fait, une place importante à la controverse scientifique et aux opinions divergentes.

 
Le poids du contexte
La Revue d’artillerie est complètement marquée par les conditions qui l’ont vu naître. Centrée essentiellement sur l’Allemagne qu’elle observe, scrute avec un brin d’admiration et de crainte, elle montre que les officiers d’artillerie font d’abord preuve d’un attrait certain pour l’utilisation de l’arme dans une perspective continentale. Ainsi, l’Allemagne concentre-t-elle toutes les attentions durant toute la période 1895-1929 (pas moins de 380 articles), les États-Unis étant observés quant à eux essentiellement en regard du dynamisme de leur production industrielle. En raison des enseignements que l’on pourrait en tirer, certains conflits ou théâtres d’opérations sont également bien étudiés (par exemple la guerre russo-japonaise en 1904 ou la guerre des Balkans  de 1912-1913). 

 
Si avant 1914, il est surtout question du canon de « 75 » et de l’utilisation progressive du tir automatique - pour lequel une véritable course à la cadence rapide est envisagée -, la Grande Guerre contribue à faire apparaître un débat sur l’emploi de l’armement automatique comme de celui de l’armement embarqué à bord des avions qui donne naissance au concept de « Défense Contre Aéronefs » (DCA).


Toutes les thématiques choisies restent toujours bien  marquées par le poids de l’efficacité technique et la nécessité, selon les auteurs, de répondre aux exigences de « puissance » et de « rapidité ».





 

Un référencement désormais accessible sur le site du CDEF

Des étudiants ayant participé à un programme de référencement au bureau Recherche du CDEF/DREX,  l’ensemble des références de la Revue d’artillerie (soit 7148) sont désormais accessibles sur le site du CDEF : www.cdef.terre.defense.gouv.fr.

1 – Cliquez sur Milindex dans la partie droite du site puis  « Accéder à la base de données »
2 – Entrez les mots de passe milindex (pour user name) et recherche (pour password) et cliquez sur « login » (ne pas utiliser la touche « Entrée » du clavier)
3 – Sur la page de recherche (Reports), cliquez par exemple du Milindex-titre et commencez votre recherche par un mot clé (ex : guerre ou armée ou blessé ou troupe ou paix, etc.) avant de cliquer sur « login ».  Si vous voulez chercher par le nom d’auteur, indiquez le nom de famille avant le prénom.


4 – Une fois les références trouvées, les articles sont eux-mêmes consultables en bibliothèque (ou sur Gallica pour la période 1872-1923).